La Gonette : monnaie locale et citoyenne face aux cryptos !

Vous n’avez jamais entendu parler de la gonette ? Mais où vivez-vous ? Face à l’euro et aux cryptomonnaies, la gonette est la monnaie locale et engagée de Lyon.

C’est une monnaie dite complémentaire face à notre euro national. Lancée en 2015 avec une cinquantaine de commerces partenaires, un an plus tard, ils seront près de 200 à accepter d’être payés en gonette.

Portée par les commerces de proximité, un brin engagée, ou jouant un rôle sociétal fort (MJC, épiceries de quartier, restaurants, coopératives agricoles…), la gonette lyonnaise prend de l’ampleur et interroge aussi sur son utilité aux côtés de l’euro piloté par notre politique nationale et des cryptomonnaies, Bitcoin en tête, censée être la monnaie la plus ouverte et transparente du monde.

Les monnaies locales à l’heure des cryptos

Ethereum, Dodge Coin, LiteCoin, Ripple, il existerait aujourd’hui plus de 1 000 crypto monnaies sur le marché, de nouvelles naissent et meurent chaque jour. Bien sûr, seule une poignée d’entre elles est sous le feu des projecteurs, bien que l’écosystème derrière ces monnaies (notamment la fameuse blockchain) soit bien plus étendu qu’il n’y paraît.

Pour s’en rendre compte, cette liste des crypto monnaies les plus intéressantes qui est loin d’être exhaustive vous donnera déjà un premier aperçu des spécificités liées aux principales cryptos du marché : transactions plus rapides, recherche d’anonymat, indexation de cours sur les monnaies physiques, etc.

Les crypto monnaies cherchent en général à fluidifier les échanges financiers, c’est aussi l’une des promesses des monnaies locales comme la gonette. Les cryptos ne sont pas non plus gérées par les institutions financières ou par des états : la défiance envers ces institutions est l’une des clefs de voûte du succès des cryptomonnaies. Il en est de même pour les monnaies locales, certes, dans une moindre mesure.

Cependant, malgré ces deux points de convergence, crypto monnaies et monnaies locales sont aussi opposées : l’une se veut mondiale, l’autre réduite à une exploitation sur un territoire limité. La gonette est échangée dans la métropole lyonnaise et au sein du département.

Les cryptos sont ultra-libéralistes et spéculatives par manque de contrôle, alors que la gestion de la gonette est encadrée par le milieu associatif avec une politique d’action tournée vers la solidarité et l’éthique. Enfin, les monnaies locales sont le plus généralement indexées sur le cours de la monnaie officielle (l’euro) et disposent donc d’une réelle stabilité contre un Bitcoin capable de gagner ou perdre +20 % de sa valeur en l’espace de 24h.

Technologie VS gestion associative

Encore, la technologie derrière les nouvelles monnaies digitales impose une architecture complexe, gourmande en ressources de calcul et donc en énergie : les cryptos forment un nœud d’informations, codées et empilées représentant l’ensemble des transactions opérées, tel un registre. Cette chaîne d’informations découpées en blocs (la blockchain) nécessite une puissance de calcul plus ou moins importante selon la monnaie pour être consultée (vérification d’opérations de transactions ou consultation de soldes par exemple), ou pour inscrire de nouvelles opérations au registre (un retrait ou un achat par exemple).

L’activité de codage et de décodage opérée sur la blockchain pour lire ou inscrire des informations sur le registre se nomme le minage. Les personnes qui s’adonnent à cette activité, pouvant être très lucrative, mettent au service du réseau monétaire leur puissance matérielle de calcul (processeurs et carte graphiques) avec pour contrepartie l’obtention d’une fraction de monnaie virtuelle en échange de leurs services.

Du côté des monnaies locales, le virage du numérique est aussi en cours. Mais point de minage et de blockchain en vue pour la gonette à ce jour : la gestion de la monnaie de Lyon est beaucoup plus artisanale, même dans sa version numérique. Une poignée seulement de membres salariés et de bénévoles, s’occupe aujourd’hui de la bonne gestion de la monnaie. Ce sont avant tout des hommes et des femmes, facilement accessibles, qui placent le contact et les échanges humains au cœur de ce projet.

Même numérique, par sa dimension encore confidentielle, la gonette n’a rien d’immatériel, ne réclame que peu de ressources, si ce n’est une bonne dose de volonté.

Alors que l’on constate que l’empreinte écologique du Bitcoin flambe, la gonette contribue à son échelle à mettre en valeur, et soutenir, à travers des prêts ou des dons, les projets faisant du bien à l’environnement : en privilégiant les circuits courts et en apportant des ressources financières aux initiatives écologiques, sociales ou culturelles.

En 2020, la gonette s’est par exemple associée au fournisseur d’énergie hydraulique « Énergie d’ici » regroupant des producteurs locaux d’électricité 100 % renouvelable avec un tarif préférentiel à la clef pour les utilisateurs de la monnaie qui souhaiteraient payer leur abonnement électrique en gonette.

Quel est l’intérêt d’une monnaie locale ?

Les monnaies locales sont difficiles à appréhender : elles portent tellement de valeurs que leur intérêt réel devient flou… On lit/entend partout que la gonette est résiliente, qu’elle soutient les acteurs locaux en transition, qu’elle crée du lien social, qu’elle ne favorise pas la spéculation sur les marchés… Comment, pourquoi, et alors, kézako ?

Si nous devions retenir qu’un point central en faveur des monnaies locales, ce serait son côté interventionniste. C’est à la fois sa plus grande force et sa plus grande faiblesse. La gonette est pertinente, car elle est une monnaie restrictive : un poil chauvine, elle favorise l’économie locale puisqu’elle ne peut être utilisée que localement dans un réseau de commerces de proximité.

En disposant de gonettes dans votre portefeuille, inutile de penser pouvoir vous payer un petit BigMac + Sundae Caramel au drive avant de regarder le dernier Handmaid Tale’s sur Amazon Prime Video. Pour Amazon Prime, pas de souci, mais c’est une quiche lorraine achetée auprès de votre boulangerie de quartier que vous dégusterez depuis votre canapé ! Oui, Monsieur, oui Madame… Vous n’aurez tout simplement pas le choix !

Et c’est bien là tout l’intérêt de la gonette : favoriser une consommation locale auprès d’acteurs et commerçants qui vivent de vos achats et qui à leur tour dépenseront localement leurs gonettes : un cercle vertueux, qui par son étanchéité, favorise l’économie locale.

Sa force et sa faiblesse, car la gonette vous prive de nombreux plaisirs (repensez au Sundae…) et manque de flexibilité. Un manque qui pourrait être tout ou partie comblée si les commerces qui l’acceptent se généralisaient plus rapidement.

Et justement, on constate que dans la métropole lyonnaise, la pandémie ravive l’intérêt pour la monnaie auprès des consommateurs, mais aussi des acteurs institutionnels.

Comment se porte la Gonette en 2021 ?

C’est un phénomène régional, voire national, la Métropole de Lyon qui est la plus grande collectivité de France, signe le 26 avril un engagement fort en faveur de la gonette : permettant notamment aux élus de la métropole de percevoir une partie de leur salaire en gonette et de démocratiser son usage sur son territoire. Il est ici question de permettre aux divers services publiques (piscines municipales, centres de loisirs, etc.) d’accepter le paiement en gonette, mais aussi de privilégier les fournisseurs qui acceptent la monnaie lorsque la collectivité passe un appel d’offres.

Un mois plus tôt, c’était le conseil municipal de Villeurbanne qui, en séance du 29 mars, évoquait les atouts indéniables de la gonette face à la monnaie officielle :

Tandis que l’euro finit tôt ou tard sur les marchés financiers, la gonette ne peut être ni mise en banque, ni quitter le territoire lyonnais. La monnaie locale complémentaire à l’euro est vouée à circuler sans cesse en proximité, alimentant les acteurs locaux et leurs besoins. C’est en circulant, et d’autant plus localement, que la monnaie crée de la richesse. […] Pour chaque gonette en circulation, il y a un euro placé sur un compte en banque éthique.

Et entérinait par la même occasion son adhésion à la monnaie locale évoquant même la possibilité de l’exploiter quotidiennement dans la gestion courante de la municipalité :

La Ville de Villeurbanne, ayant la volonté de soutenir la solidarité économique et sociale, la résilience territoriale (notamment par le développement des circuits courts), entend s’associer à la démarche de diffusion de la gonette. […] la municipalité de Villeurbanne envisage de recourir à La Gonette dans le cadre de l’exécution financière de ses budgets.

Si la Gonette est aujourd’hui une monnaie complémentaire face à l’euro, le Bitcoin et les autres cryptomonnaies pourraient devenir à terme des monnaies mondiales, en parfaite opposition au principe fondateur des monnaies régionales favorisant les transactions sur un territoire réduit.

2 comments

  1. Michel078

    L’activité de codage et de décodage opérée sur une CHAÎNE DE BLOCS pour lire ou inscrire des informations sur le registre se nomme le minage.

  2. Bonjour,
    Il y a actuellement 355 partenaires commerçants, entreprises, associations qui sont dans le réseau de La Gonette et non 200 🙂

    Charlotte Bazire

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