Quel avenir pour Boiron, spécialiste lyonnais de l’homéopathie ?

Véritable référence mondiale de l’homéopathie, les laboratoires Boiron ont été créés à Lyon en 1967 suite à l’union entre la pharmacie homéopathique rhodanienne (PHR), les laboratoires homéopathiques Henri Boiron et les laboratoires homéopathiques modernes (LHM). Après plus de 50 ans d’expansion, le numéro un mondial de l’homéopathie fait face au déremboursement de ses produits imposé par l’État. Ce dernier remet en cause son appareil productif et les milliers d’emplois que le laboratoire a créés dans le Lyonnais. Retraçons ici l’histoire et les perspectives du géant de l’homéopathie.

Découvrez les origines de l’homéopathie

L’homéopathie est une méthode de traitement consistant à administrer des doses extrêmement faibles de remèdes pouvant, dans des proportions infiniment plus élevées, produire les mêmes symptômes que la maladie à combattre. L’homéopathie issue de la combinaison des mots grecs « homoios » signifiant « semblable », et « pathos » signifiant « maladie », fait partie d’une branche de la médecine non conventionnelle et repose notamment sur le principe de similitude, c’est-à-dire sur le fait de soigner par ce qui est semblable à la maladie.

Inventée par Samuel Hahnemann en 1796, l’homéopathie s’appuie sur des substances thérapeutiques fortement diluées et dépourvues de principes actifs. Pour certains scientifiques, les remèdes homéopathiques fondent en grande partie leur efficacité sur l’effet placebo et par conséquent s’appuient sur les facultés d’adaptation naturelle des patients.

L’homéopathie commence à se répandre en France vers 1830, grâce notamment au docteur Sébastien Des Guidi, à l’origine de la création de la Société homéopathique lyonnaise. Ses élèves, dont les docteurs Dufresne, Petroz ou encore Curie, contribuent largement à diffuser auprès du grand public les atouts de ce traitement et à asseoir le développement des pratiques homéopathiques dans toute la France.

Comment s’est popularisé l’homéopathie en France ?

Le géant lyonnais de l’homéopathie Boiron crée une première usine dans le 8e arrondissement en 1969 puis déménage à Sainte-Foy-lès-Lyon en 1974 pour faire face à une expansion rapide du secteur. L’entreprise devient très vite une succursale qui distribue des produits homéopathiques dans de nombreuses grandes villes françaises comme Toulouse, Lille, Grenoble ou encore Avignon. L’essor du secteur est attesté par les pharmacies et les professionnels de santé qui constatent les nombreux bienfaits de l’homéopathie dans la prise en charge des patients :

  1. Il n’existe aucune contre-indication à l’emploi de traitements homéopathiques. Ils s’adressent donc aussi aux patients les plus fragiles, comme les enfants, les femmes enceintes, ou encore les personnes présentant des comorbidités.
  2. Contrairement à l’écrasante majorité des médicaments conventionnels, l’homéopathie n’a aucun effet négatif sur le système immunitaire ni d’effets secondaires, et aucun risque d’accoutumance.
  3. La prise d’un traitement homéopathique est aussi facilitée grâce à son format réduit et à son goût apprécié de tous : des petites billes sucrées qui fondent dans la bouche.

Pourtant à partir de 2004, la Sécurité sociale entame une baisse du remboursement des soins homéopathiques de l’ordre de 35 à 65 %. En début d’année 2020, ce remboursement a encore été réduit de 15 à 30 %. Cela est principalement dû au fait que l’homéopathie est toujours sujette à de vives critiques dans le domaine scientifique concernant son efficacité présumée qui reste encore à démontrer. Depuis le mois de janvier 2022, le remboursement de l’homéopathie a totalement été stoppé par la Sécurité sociale laissant une des plus grandes entreprises lyonnaises livrée à elle même.

Les difficultés rencontrées par les laboratoires Boiron

Vers la fin des années 1990, l’entreprise Boiron connaît un essor considérable et possède notamment de nombreuses filiales à l’international, comme en Italie, aux États-Unis, en Espagne, en Pologne, en Tchécoslovaquie, au Brésil, en Russie, en Inde et dans quelques pays de l’Europe de l’est comme la Hongrie et la Bulgarie. L’entreprise est alors introduite en bourse au deuxième marché de Lyon en 1987. Cette extension se concrétise un peu plus en 1995 avec la création d’un nouveau site comprenant trois bâtiments à Messimy dans les Monts du Lyonnais.

Les premières fermetures du laboratoire

C’est à partir de janvier 2019 que le groupe commence à connaître des difficultés avec la démission de Christian Boiron au poste de directeur général. Le géant possède à cette époque 28 établissements de distribution en France, 20 filiales internationales et 4 laboratoires, dont ceux de Messimy et de Sainte-Foy-lès-Lyon, localisés dans le Rhône, ainsi que ceux de Montévrain et de Montrichard. En mars 2020, plus de 600 postes sont supprimés et 13 des 31 sites du groupe doivent être fermés suite à de mauvais résultats économiques. En fin d’année, c’est au tour du laboratoire de Montrichard, qui emploie environ 80 personnes, de fermer ses portes.

Les pertes liées au déremboursement de l’homéopathie

À la suite du déremboursement de l’homéopathie, portée par l’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn, l’entreprise Boiron aurait perdu environ 100 millions d’euros de chiffres d’affaires et 25 à 30 % de vente selon la directrice Valérie Lorentz-Poinsot. Avec un recul de 42 % durant le premier trimestre, l’entreprise commence pourtant à se redresser durant le deuxième et le troisième trimestre. La production de nouveaux médicaments et la stabilisation des ventes à l’étranger figurent notamment parmi les facteurs ayant permis à l’entreprise de rester à flots.

Quelles sont les perspectives et les activités des laboratoires Boiron ?

L’apparition de la pandémie a lourdement influencé le chiffre d’affaires de l’entreprise, que ce soit au niveau national ou à l’échelle internationale. La faible fréquentation des pharmacies et le recul de certaines maladies comme les rhumes ont entraîné une baisse de 60 % au niveau du marché des sirops que produit le laboratoire. Par ailleurs, des produits phares de l’entreprise comme l’oscillococcinum ont connu des ventes plus importantes, étant donné que les consommateurs ressentent le besoin de renforcer leur système immunitaire.

Les activités de Boiron sur le territoire national ont malgré tout chuté de 16,5 % durant le premier semestre 2020, alors que sur la même période le groupe affichait une progression de 20,8 % à l’international. L’entreprise affiche également une hausse particulièrement encourageante de 10 % aux États-Unis, portée notamment par l’essor de la vente en ligne.

Pour la directrice générale de l’entreprise, Boiron devra prochainement appliquer une politique de liberté sur les prix de ses produits. La création de nouvelles gammes comme l’homéo-thérapie ou les probiotiques, sans allergènes et micro-encapsulés, sont également parmi les solutions envisagées par l’entreprise. Par ailleurs, privilégier les produits naturels comme les huiles essentielles et les extraits de plantes figure aussi dans les réformes que les dirigeants de Boiron souhaitent favoriser. On notera notamment la création de nouveaux compléments alimentaires, à base de polyphénol.

Quels sont les principaux produits homéopathiques de Boiron ?

L’entreprise Boiron commercialise principalement 5 familles de produits homéopathiques dont des médicaments, des cosmétiques, des compléments alimentaires, des médicaments homéopathiques pour animaux ainsi que des dispositifs médicaux de diagnostic in vitro. Les HNC ou médicaments homéopathiques à nom commun ont la forme de petits tubes et ne portent aucune indication thérapeutique. Assimilables aux médicaments génériques, ces derniers peuvent être utilisés pour soigner différentes maladies. D’un autre côté, les médicaments homéopathiques portant une indication thérapeutique, obtenus grâce aux mélanges de plusieurs médicaments, sont destinés à traiter une maladie en particulier.

L’entreprise Boiron diversifie son offre durant la pandémie

Le laboratoire Boiron de Messimy a été reconverti en site de production d’autotest pour pallier les nombreuses demandes des pharmacies durant les fêtes de fin d’année. En effet, le même laboratoire avait déjà été aménagé pour la production de gel hydroalcoolique à destination de l’établissement français du sang (EFS) en 2020. L’entreprise expédie ainsi 200 000 autotests quotidiens vers les officines françaises, ainsi que vers des pays voisins comme la Belgique, le Portugal, le Luxembourg ou encore la Slovaquie.

C’est depuis le centre de production de Messimy (à environ 16 km de Lyon) que le géant pharmaceutique redouble d’efforts pour faire face à une demande croissante des pharmacies de l’hexagone : pour doper sa capacité de production de plus de 30 000 tests quotidiens supplémentaires, les équipes administratives, ainsi que tout le back-office du centre sont mis à profit. Du marketing à la comptabilité, la quasi-totalité des employés du centre est réquisitionnée pour assembler les boîtes d’autotests qui représentent aujourd’hui près de 5 % du chiffre d’affaires du groupe.

L’entreprise Boiron lance une expérimentation sur le cannabis médical

Grâce à son expérience et à son savoir-faire dans la production et la distribution de médicaments à base de plantes médicinales, l’entreprise Boiron a été sélectionnée pour une expérimentation sur le cannabis médical, lancée par le gouvernement français et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Ce traitement destiné aux patients souffrants de douleur chronique, d’épilepsie ou encore en situation palliative sera développé grâce à un partenariat entre l’entreprise lyonnaise et Emmac Life-Sciences, un acteur britannique spécialisé dans la production de médicaments à base de cannabis de qualité pharmaceutique.

Ce nouveau marché européen, qui pourrait représenter environ 55 milliards d’euros d’ici 2028, constitue une véritable alternative d’avenir pour l’entreprise lyonnaise, selon sa directrice Valérie Lorentz-Poinsot qui début décembre 2021, annonçait sur l’antenne de BFM Business : « Nos nouveautés représentent 9 % de notre chiffre d’affaires désormais. Mais on pense être positif en termes de résultat opérationnel (pour 2021, NDLR.). Je ne m’attendais pas à me dire que ça va, finalement, en cette fin d’année, malgré tout ce que l’on a vécu. »

1 comment

  1. Fred

    L’homéopathie n’administre pas de faible dose de principe actif… elle administre AUCUNE quantité du moindre principe actif.
    C’est un placebo.
    Pour oscillococcinum que reste t il de la goutte de foie de canard putréfié par 1,5 litre d’eau après 200 rinçages complet du récipient à l’eau pure ?
    Rien du tout.
    Dans toute une boîte il n’est pas possible de retrouver ne serait-ce qu’un seul atome de la molécule de départ.
    Il faut arrêter de prendre les gens pour des jambons.
    L’arnaque de l’ homéopathie à permis de créer des fortunes et des emplois mais ça reste une arnaque.
    Avec un an de remboursement de l’homéopathie placebo par la CPAM on peut créer 2000 postes d’infirmières.
    C’est scandaleux

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