Patrimoine : spécificités des façades et menuiseries lyonnaises

Pour de nombreux lyonnais, la fenêtre constitue une composante esthétique qui témoigne du cadre de vie des occupants, de leur culture ou encore de leur attachement au patrimoine local. En ce sens, la restauration des fenêtres en bois de Lyon est un défi architectural de taille qui nécessite l’expertise de menuisiers et d’artisans sachant distinguer d’emblée les différentes caractéristiques des constructions de la Renaissance, du XVIIe, du XVIIIe, du XIXe et du XXème siècle.

La fenêtre d’un bâtiment transmet en effet les caractéristiques de la rue ou des immeubles qui l’entourent, permet de juger de la profession ou du statut du propriétaire et surtout d’identifier à quelle période le bâtiment a été construit. Dans une ville comme Lyon, où l’histoire et la culture s’intègrent profondément aux mentalités de la population, remplacer des vitres, restaurer des montants ou des traverses, revoir l’assemblage des dormants et des ouvrants d’une fenêtre en bois ou même réaliser de simples travaux de peintures, nécessitent un savoir-faire particulier liant Histoire, techniques architecturales et préservation du patrimoine.

Les évolutions des fenêtres dans l’histoire de l’architecture lyonnaise

 

Les bâtiments de la Renaissance se distinguent par des fenêtres à meneaux ou à traverses en pierre de taille. À partir du XVIIe siècle, ces croisillons sont construits en bois et les menuisiers se voient confier la composition des baies. Au XVIIIe siècle, la menuiserie à la française se développe plus activement et les fenêtres sont équipées de volets extérieurs et de jalousies suspendues. A partir du XIXe et du XXe siècle, l’architecture moderne va redéfinir les façades et les fenêtres des bâtiments de la ville lumière et la menuiserie métallique succède alors à l’ouvrage en bois.

Si par souci économique, mais aussi pour un meilleur confort thermique, les menuiseries contemporaines, largement standardisées, font l’impasse sur les spécificités architecturales locales et les détails esthétiques d’époque, elles disposent d’atouts indéniables expliquant leur large succès tant en rénovation que dans le neuf.

Isolation thermique, isolation phonique, durabilité des nouveaux matériaux et entretien quasi-inexistant… Les fenêtres d’époque ne font plus le poids face aux sirènes des menuiseries nouvelle génération. Le goût des propriétaires pour le charme de l’ancien ainsi que les nouvelles normes en matière de préservation du patrimoine lyonnais (en particulier dans le secteur UNESCO) font tant que bien que mal de la résistance. Mais il est force de constater l’anarchie qui émerge sur les façades lyonnaises des grands immeubles d’époque : fenêtres en PVC blanc et volets battants d’époque à un étage, volets roulants à l’autre, jalousies d’époque repeintes deux appartements plus haut… La cohérence architecturale du centre-ville est mise à mal.

C’est principalement le coût qui conditionne en grande partie le choix des ménages en matière de rénovation de fenêtres et de fermants, ainsi que les nouvelles normes contraignantes auxquelles les propriétaires-bailleurs sont soumis (dont le nouveau DPE). Chez Bob Le Menuisier, nouveau pure-player de la menuiserie en ligne ayant la particularité de réaliser toute sa production en France et notamment en Auvergne Rhône-Alpes, l’activité ne connaît pas la crise, portée en partie par les nouveaux impératifs écologiques et les aides ou divers crédits d’impôts afférents à l’amélioration de l’habitat.

Mis bout-à-bout, les avantages de disposer de nouvelles fenêtres neuves, tant sur le plan pratique que financier, poussent les propriétaires lyonnais à sacrifier la particularité architecturale lyonnaise au profit d’un meilleur confort de vie et d’une facture allégée.

Si la Municipalité a su exploiter mettre en valeur ses façades aveugles avec de grandes fresques murales qui font aussi la renommé de Lyon, sans politique incitative du Grand Lyon, nous devrons malheureusement nous résoudre à poursuivre l’altération progressive de l’identité des façades vitrées du centre-ville.

Les façades et fenêtres Renaissance de Lyon

Les fenêtres de style Renaissance lyonnaises présentent généralement des vitraux scellés hauts et des volets intérieurs bas en bois, comme en témoignent les édifices anciens du quartier de Saint-Jean à l’image de l’hôtel Bullioud sis au numéro 5 rue Juiverie. A partir du XVe siècle les châssis vitrés, composés d’un cadre en bois et de montants assemblés, sont incorporés aux anciens cadres en pierre de taille à l’aide de mortier ou de charnières en métal. Tandis qu’au XVIe siècle, les fenêtres à cadre dormant et à vitrail clair commencent également à se multiplier, particulièrement au niveau des bâtiments de logement.

Ce type de fenêtres s’associe particulièrement aux grandes demeures bourgeoises du Vieux-Lyon, pour ne citer que la maison du Chamarier située au numéro 37 de la rue Saint-Jean.

Les fenêtres lyonnaises du XVIIe siècle

Au XVIIe siècle, les croisillons en pierre de taille sont remplacés par du bois parallèlement aux meneaux et aux traverses, ce qui entraîne une évolution conséquente de l’aspect des baies. Ces fenêtres se caractérisent par l’usage de petit bois et de petits carreaux et sont plus répandues au niveau des grands châteaux environnants la ville. Certains édifices affiliés aux ordres religieux présentent cependant des vestiges de fenêtres du XVIIe siècle dont l’ancien couvent de l’Annonciade situé sur les pentes de la Croix-Rousse. La fenêtre la plus répandue durant ce siècle reste également la fenêtre à coulisses dont des vestiges sont encore visibles au niveau de la rue des Augustins.

Les fenêtres lyonnaises du XVIIIe siècle

Durant le XVIIIe siècle, la fenêtre à la française, caractérisée notamment par deux châssis ouvrants et par un système de fermeture centrale, est adoptée pour permettre une meilleure visibilité vers l’extérieur. Ces dernières sont fermées à l’aide d’espagnolettes et munies de contrevents et de volets orientables, typiques de l’architecture française du XVIIIe siècle : “les jalousies”. On peut encore observer de somptueuses fenêtres à la française au niveau de l’angle entre la rue Bouteille et la rue Tavernier.

La double fenêtre leur succède et se distingue par un système de fermeture plus aisé permettant de renforcer l’isolation thermique. Les bâtiments du numéro 4 rue Saint-Jean, abritant les services archéologiques de la ville, ou encore des numéros 5 et 7 rue Dullin, abritant des logements, témoignent entre autres de l’usage des doubles fenêtres pour améliorer la luminosité d’immeubles de bureau.

Les fenêtres lyonnaises du XIXe et du XXe siècle

Les fenêtres lyonnaises modernes sont fortement influencées par l’introduction des baies horizontales et des façades en bandeau, dont l’objectif est d’accroître le gain de visibilité des immeubles de travail. Elles se caractérisent désormais par des vitrages plus étendus, par l’usage de matériaux plus étanches, par une menuiserie en acier et en aluminium ou encore par des assemblages à la soudure. On peut admirer un exemple explicite de fenêtre lyonnaise moderne sur l’immeuble 9 du quai Jean moulin, dans le 1er arrondissement de Lyon, abritant les locaux de la soierie Rosset.

Les Jalousies lyonnaises, dernier bastion des menuisiers de tradition

Typiques des bâtiments anciens du centre-ville, les fenêtres à jalousie permettent aux habitants d’un immeuble de regarder à l’extérieur sans être vus par les passants. La fenêtre à jalousie possède un système de persienne, pouvant être en verre ou en bois, qui se referme et s’entrouvre à la manière d’un store. Si on attribue au terme une origine italienne, le premier système breveté du même nom est créé aux Etats-Unis vers 1901 par Joseph W. Walker.

En ce qui concerne les fenêtres à jalousie lyonnaises, elles sont souvent installées dans un lambrequin ornemental : une plaque ajourée et souvent décorée placée en haut de la fenêtre servant à protéger et dissimuler le store une fois replié. Confectionnées à partir de lames de bois exotiques horizontales reliées par un mécanisme de cordes, les jalousies lyonnaises ornaient particulièrement les immeubles du centre-ville. Héritées de la forte présence italienne durant la Renaissance, les jalousies sont devenues un élément identitaire important du patrimoine architectural de la ville.

Aux côtés des nouveaux acteurs de la menuiserie, des artisans et entreprises traditionnelles ultra spécialisés se partagent le marché de niche de la rénovation des fenêtres et façades lyonnaises d’époque dans le plus pur respect de la tradition.

L’Atelier Jalouse, Jalousie du Rhône ou encore Jalousie Lyonnaise font partie de ces derniers irréductibles à proposer la conception et la fabrication de jalousies traditionnelles.

Une aubaine pour certains propriétaires qui détournent l’usage premier des jalousies en remplaçant le store par un volet roulant automatique dont le boîtier peut alors être dissimulé derrière un lambrequin ornemental. Les menuiseries contemporaines sont aussi de plus en plus nombreuses à proposer des brise-soleil extérieurs en aluminium associés à une commande sans fil. Ici aussi, il suffira de dissimuler le boîtier posé sous le linteau derrière un lambrequin pour simuler une fenêtre d’époque parfaitement intégrée au bâti tout en bénéficiant des atouts du neuf.

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