Economie circulaire à Lyon : vaincre l’obsolescence programmée

L’obsolescence programmée est en termes simples une stratégie industrielle visant à réduire la durabilité d’un produit non consommable pour en augmenter le taux de consommation et de remplacement. Cette notion plus ou moins commerciale explique que les produits actuels, dont plus particulièrement nos appareils électroniques ou électroménagers, se détériorent et deviennent inutilisables beaucoup plus rapidement que les produits fabriqués il y a dix ou vingt ans.

En effet, un lyonnais lambda “consomme” en moyenne plus de 14 tonnes de matériel par an en prenant en compte les matériaux de construction utilisés dans les infrastructures publiques que nous utilisons au quotidien… Ce qui équivaut à presque deux fois plus que l’indice matériel du seuil de soutenabilité mondial évalué à 8 tonnes par habitant et par an.

C’est pourquoi la métropole du grand Lyon a décidé depuis 2017 de mener un projet intitulé “économie circulaire, zéro gaspillage” destiné entre autres à soutenir les initiatives de consommation responsable, à appuyer les artisans locaux œuvrant dans la valorisation ou le recyclage des déchets matériels ou encore à appuyer les changements de comportements, et plus largement à accompagner la poussée écologique en mutualisant les ressources dont nous disposons…

De nombreux acteurs lyonnais contribuent déjà à la lutte contre l’obsolescence des produits électroniques ou électroménagers aux côtés de la myriade de nouveaux acteurs nationaux, à l’instar de la plateforme ProduitsDurables.fr, qui incite les consommateurs à s’entraider pour identifier les meilleurs produits disponibles dans le circuit commercial conventionnel.

Selon le site, dont la principale fonction est d’attribuer des indices de réparabilité aux produits commerciaux, moins de la moitié des produits électriques et électroniques en panne sont réparés par leurs propriétaires.

À Lyon, les initiatives locales favorisant le réemploi ne manquent pas et prennent des formes variées : Satisfx à Villeurbanne propose un service de dépannage rapide et clef en main aux lyonnais tandis que Bricologis à Vaulx-en-Velin vise à former les particuliers à dépanner eux-mêmes leurs produits défectueux. Dans le troisième, c’est la Trucothèque qui œuvre dans son atelier de la Guillotière à fournir un espace collaboratif et des outils pour créer et réparer. Un arrondissement plus loin, l’Atelier des nouveaux designs forme aux concepts de l’upcycling et du côté des pros lyonnais, la fillière de la seconde main s’organise aussi avec Envie Rhône-Alpes qui joue maintenant un rôle de poids dans le recyclage des déchets électriques et électroniques dans toute la région.

Le projet d’économie circulaire vise ainsi à soutenir des artisans ou des groupes d’intérêts comme les Fab-lab lyonnaises qui exploitent la technologie de l’impression 3D pour concevoir, modéliser et reproduire des pièces et des dispositifs qui ne sont plus produits sur le marché et contribuer ainsi à la réutilisation et à la rentabilisation des produits électroniques ou des électroménagers destinés à devenir des déchets.

Les acteurs traditionnels de la réparation et du dépannage

L’outil le plus sollicité par “l’économie circulaire” lyonnaise est sans nul doute celui de la communication : elle facilite la mise en relation entre les professionnels du recyclage ou du dépannage et les particuliers ayant des produits en panne. De récentes études démontrent en effet que 35 % des Français préfèrent se tourner vers la réparation et le dépannage au détriment d’un nouvel achat, ce qui crée parallèlement du travail pour de nombreux artisans et professionnels œuvrant dans la filière de l’occasion, du dépannage et de la maintenance.

De nombreuses start-up nationales se sont engouffrées dans la brèche de l’intermédiation permettant à tout particulier de réparer son électroménager plutôt que de le remplacer dans la pure logique prônée par les préceptes de l’économie circulaire. Ces plateformes du web 2.0 initialement positionnées sur les petits travaux réalisés au domicile des particuliers se sont largement ouvertes ces dernières années aux services de réparation et de dépannage à domicile.

C’est notamment en encourageant ce genre d’initiative de médiation entre professionnels et particuliers que l’économie circulaire lyonnaise contribue à la baisse du taux de déchets ménagers évalué actuellement à 4, 3kg/ par an et par habitant.

Par ailleurs, le projet d’économie circulaire du Grand Lyon prévoit d’appuyer environ 75 projets œuvrant dans ce sens en leur allouant plus de 330.000 € de subventions tout en évitant ainsi le rejet de 4.400 tonnes de déchets ménagers et en créant plus de 380 nouveaux emplois.

Les pannes les plus fréquentes et leur coût réel

Selon une étude récente, de nombreux Français sont attirés par l’idée de réparer eux-mêmes leurs appareils électroménagers déficients, avec 95 % de réussite pour ceux qui investissent dans l’utilisation de tutoriels vendus par de nouvelles entreprises d’édition qui font de leur spécialité le conseil en dépannage. En effet, de nombreux spécialistes attestent que près de 80 % des appareils électroménagers sont réparables. Mais encore faut-il connaître les pièces à remplacer et être prêt à mettre les mains à la pâte…

Il y a à ce niveau une réelle perspective d’économie circulaire à réaliser en considérant que le coût moyen de remplacement d’une pièce défectueuse revient à environ 25 €. Mais lorsque la panne tire son origine d’une pièce électronique, l’opération devient nettement plus onéreuse : il faut compter environ 180 € pour remplacer une carte électronique d’électroménager.

Pour illustrer, dans le cas très emblématique du lave-linge, les pièces les plus sollicitées sont souvent les joints de portes, accessibles entre 10 à 40 €, la poignée de porte, accessible entre 10 et 20 €, ou encore le système de roulement du tambour, entre 10 et 25€.

En ce qui concerne les fours de cuisine, le prix d’une résistance se situe entre 10 et 40 €, le prix d’une ampoule tourne autour des 5 € tandis que le prix d’un joint de porte se situe entre 10 et 45 €. Les pièces les plus recherchées pour les lave-vaisselles sont le panier à couverts, accessible à partir de 15 €, le joint de porte dont le prix se situe entre 10 et 45 € ou encore le bras de lavage disponible entre 10 à 35 €. Les pièces les plus fragiles du sèche-linge sont la courroie, dont le prix est à environ 10 €, la résistance, accessible entre 30 et 60 €, ou encore le filtre à peluches dont le prix se situe entre 10 et 30 €.

Des pièces finalement très peu onéreuses en perspective du coût de remplacement de son électroménager. Et pourtant le remplacement reste encore aujourd’hui la norme face à une panne.

Les nouveaux acteurs lyonnais de la réparation

De nombreuses entreprises lyonnaises, dont des start-ups et associations, surfent sur la vague de l’économie circulaire pour se faire une place dans le marché en plein essor de la réparation et du dépannage de nos appareils électroménagers.

C’est par exemple le cas de Satisfx situé au numéro 23 rue Jules Vallès à Villeurbanne. L’entreprise propose de réparer nos appareils électroménagers (de toutes marques) en seulement 24h pour un tarif unique de 87 €, sans frais cachés. Avec un délai d’intervention de 24h sur Lyon et ses alentours, Satisfx va même jusqu’à garantir la durabilité de ses réparations pour un an.

Bricologis, installé au numéro 6 Chemin du Grand Bois à Vaulx-en-Velin, est un “espace ressource” de 100m2 disposant entre autres d’un atelier de bricolage et de prêt d’outils ainsi que de bureaux partagés. En bref, l’association Bricologis aide les professionnels et les particuliers à améliorer leur cadre de vie et soulager leur budget en formant les lyonnais à construire ou réparer de nombreux objets, par leurs propres moyens.

Créée en 2017, la Trucothèque est une association basée dans le quartier de la Guillotière dans le 3ème arrondissement. Elle se fixe comme objectif de permettre au public de bricoler, de réparer et de recycler dans un tiers-lieu conçu spécialement à cet effet. Trucothèque met également à la disposition de ses membres un objethèque qui permet d’emprunter des outils et des matériaux nécessaires au bricolage et à la création.

Créée en 2015, Envie Autonomie est une fédération d’entreprises d’insertion présente dans plus de 50 sites en France et spécialisée dans le recyclage de déchets électriques et électroniques. Concrètement, Envie Autonomie accompagne l’insertion professionnelle de personnes en difficultés en les intégrant dans son processus de triage, de collecte, de recyclage, de location et de vente de matériel électrique et électroménager.

L’atelier des nouveaux designs sis au numéro 49 rue Smith dans le 2ème arrondissement de Lyon est un lieu destiné à l’apprentissage des valeurs du réemploi et de l’upcycling. L’atelier propose un panel d’objets voués à être jetés, des outils professionnels ainsi qu’un enseignement efficace et créatif pour transformer le tout en nouveaux produits prêts à être revendus en boutique.

De nombreuses applications pour l’économie circulaire lyonnaise

Par conséquent, l’économie circulaire concerne une grande diversité d’acteurs socioéconomiques pour ne citer que les acteurs commerciaux, qui doivent favoriser les modes de consommation responsable et solidaire, les acteurs associatifs, qui ont le devoir de contribuer à la réalisation des objectifs du projet, ou encore les consommateurs qui l’accompagnent par leurs comportements.

Par ailleurs, elle ne concerne pas uniquement la revalorisation et le recyclage de l’électronique et de l’électrique, mais vise toutes les matières qui peuvent constituer des déchets non dégradables dans l’environnement. Dans cette optique, des initiatives comme celle de l’atelier Emmaüs, sis au numéro 182 Rue de la Poudrette à Villeurbanne, visant à recycler du bois pour en faire des meubles contemporains voués à la commercialisation solidaire doivent également être soutenues.

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