Lyon : offre dentaire dense au centre, périphérie en déficit
L’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes classe chaque territoire selon l’Accessibilité Potentielle Localisée. Le système distingue cinq niveaux : très sous-doté, sous-doté, intermédiaire, très doté et non prioritaire. Seules les zones très sous-dotées donnent droit aux aides financières publiques. La carte est révisée tous les deux ans pour suivre les mouvements réels des cabinets.
Dans Lyon intra-muros, la concentration est évidente. Lyon 9, 1, 4, 7 et 8 sont considérés comme très dotés. Lyon 2, 3 et 6 dépassent encore les seuils et passent en surdoté. Pour les patients, trouver un dentiste à Lyon paraît simple d’accès : un cabinet se trouve souvent à quelques minutes, avec des créneaux rapides (parfois le jour même) visibles en ligne.
Le département du Rhône compte quatre-vingt-six chirurgiens dentistes pour cent mille habitants en 2025, un chiffre nettement supérieur à la moyenne française. Le pôle universitaire attire les jeunes diplômés. La métropole offre un pouvoir d’achat élevé et une patientèle stable. Les centres dentaires mutualistes et commerciaux multiplient les fauteuils. Le résultat donne une image de profusion, presque de concurrence permanente.
Un frein clair à l’installation
Depuis le premier janvier 2025, le conventionnement en zone non prioritaire est verrouillé par le principe du un départ pour une installation. Concrètement, un dentiste qui vise Lyon 6 ne peut être conventionné que s’il reprend la place libérée par un confrère qui cesse définitivement ou quitte la zone, avec un mécanisme de succession encadré par la caisse et la commission paritaire.
Cette logique n’est pas isolée. L’Assurance Maladie applique déjà une régulation comparable dans les zones sur-dotées pour d’autres professions très présentes à Lyon, notamment les infirmiers libéraux où l’accès au conventionnement est conditionné à un départ, et les masseurs-kinésithérapeutes où le conventionnement en zone non prioritaire est lui aussi soumis au 1 départ pour 1 installation.
L’objectif est le même : geler la croissance dans les secteurs déjà saturés, éviter l’empilement de cabinets au centre, et rendre les zones déficitaires plus attractives par un mix de régulation et d’incitations. Effet immédiat sur les parcours : reprise de cabinet plutôt que création, dépendance à un départ, délais, et parfois renoncement ou déplacement du projet vers la périphérie.
La périphérie change de visage
Le contraste apparaît dès que l’on traverse le périphérique. Rillieux-la-Pape, Vaulx-en-Velin et Saint-Priest sont classées très sous-dotées. Des habitants parcourent parfois dix kilomètres pour un simple contrôle. Les délais s’allongent, la prévention recule, les soins deviennent plus coûteux avec les transports. La métropole se coupe en deux vitesses sanitaires.
Des incitations financières importantes
Pour attirer des praticiens, l’Assurance Maladie propose des contrats incitatifs. Le Contrat d’Aide à l’Installation verse cinquante mille euros sur cinq ans à celui qui ouvre un cabinet en zone très sous-dotée. Le Contrat d’Aide au Maintien ajoute quatre mille euros par an pendant trois ans pour sécuriser les projets existants. Ces montants compensent une rentabilité plus fragile et des charges identiques à celles du centre.
L’hôpital en première ligne
En octobre 2025, l’hôpital Édouard Herriot a rouvert un pavillon dédié aux urgences dentaires. Le plateau technique a été renouvelé et un circuit court fonctionne avec la PASS bucco-dentaire pour les patients précaires. La ville très dotée conserve donc un pôle public indispensable, preuve que la densité libérale ne couvre pas tous les besoins, surtout le soir et le week-end.
La démographie ne dit pas tout
Les statistiques ne racontent pas la vie des cabinets. Une enquête de l’URPS montre qu’un praticien sur deux déclare une charge mentale excessive. Quatre-vingt-sept pour cent demandent moins d’administratif. Les temps de stérilisation, la pénurie d’assistantes et la lassitude réduisent les plages de rendez-vous. Beaucoup ferment plus tôt pour tenir la durée.
Quel avenir pour l’équilibre territorial
Rien ne garantit que les aides suffiront. S’installer à Vaulx-en-Velin ou à Rillieux suppose de recruter dans un marché tendu et d’investir dans des locaux parfois coûteux. Pourtant la demande locale est massive, visible dans les dépistages scolaires et les files d’attente des dispositifs mobiles. Les communes expérimentent des cabinets municipaux en coworking avec loyers modérés et secrétariat partagé.
Lyon incarne un paradoxe. Une métropole saturée de praticiens côtoie des quartiers privés de soins élémentaires. Le rééquilibrage dépendra de la constance des règles nationales et de l’attractivité réelle des périphéries. La carte 2026 n’est qu’une étape, mais elle rappelle que l’accès aux soins dentaires reste une question d’aménagement du territoire autant que de médecine.
Les lieux référencés :